Portrait d’une jeune entrepreneuse baroudeuse

© Karen Nguyen

Ce mois-ci, Benjamin de L’UJ est allé à la rencontre de Karen Nguyen, une jeune baroudeuse qui a fait le tour de l’Asie en sac à dos avant de créer son entreprise avec son compagnon.

Toutes les photos ont été prises par Karen lors de son voyage.

UJ : Salut et merci à toi d’avoir accepté cet entretien ! Peux-tu te présenter et nous parler de ton voyage ?

Salut ! Je m’appelle Karen Nguyen et j’ai 23 ans. Après des études en marketing, j’ai décidé de prendre une année sabbatique pour faire un voyage autour du monde, avec aussi l’objectif de redécouvrir le Viêtnam par moi-même pendant cette période. À savoir que je m’étais déjà rendue plusieurs fois au Viêtnam auparavant mais dans un cadre familial.

UJ : C’est un sacré road-trip ! As-tu pu prendre le temps de bien découvrir chacun de ces pays, le Viêtnam notamment ?

Finalement j’ai fait un voyage de 7 mois en Asie en passant notamment par le Népal, la Thaïlande, le Sri Lanka, les Maldives, Singapour, le Myanmar, le Viêtnam, la Malaisie et l’Indonésie.

Je suis restée en moyenne 1 mois par pays mais j’ai décidé de prendre 2 mois pour le Vietnam afin d’avoir réellement le temps de m’immerger et redécouvrir par moi-même.

Je ressentais le besoin d’y aller seule car, lorsque j’y allais avec ma famille étant petite, on partait en général 1 mois mais en comptant 2 semaines entièrement passées chez la famille avant de partir pour 2 semaines de voyage. Comme il s’agissait de voyages de groupes organisés à l’avance, il y avait peu d’opportunité de prendre le temps de découvrir les choses. Avec mes parents nous partions tous les 2 ans environ, sauf ces dernières années. Lorsque je suis partie, seule, cela faisait déjà plus de 5 ans que je n’étais pas retournée dans ce pays.

Par ailleurs, j’ai deux amies qui venaient au Vietnam à la même période. C’était l’occasion pour moi de leur faire découvrir le pays mais sur un temps très court d’une semaine car elles ne pouvaient pas rester plus longtemps.

Cat Ba © Karen Nguyen

Nous avons donc voyagé du Nord au Sud en 7 jours ce qui est vraiment rapide.

Au Nord, nous sommes allées à la découverte de la Baie d’Halong sur l’île de Cát Bà. Je recommande vivement cet endroit à la fois calme et depuis lequel la vue sur la baie est superbe. On y accède depuis Haiphong par bus et ferry. J’ai eu la chance d’y aller pendant une période où il n’y avait pas beaucoup de touristes, entre janvier et mars. De plus, nous avions eu du beau temps.

Cat Ba © Karen Nguyen Tran

Nous avons donc voyagé du Nord au Sud en 7 jours en passant par Ninh Bình, la Baie d’Halong terrestre. L’endroit est vraiment très beau et dépaysant, idéal pour une balade en vélo.

Nous avons eu l’occasion de visiter la grotte Hang Mua à Tam Cốc (entrée 4-5 € environ), à 8 km au sud de Ninh Bình. Après avoir gravi les 500 marches jusqu’au sommet, on peut contempler une incroyable vue panoramique sur la vallée.

Tam Coc © Karen Nguyen Tran

Enfin, il faut savoir que c’est aussi au début de cette année de voyage que j’ai rencontré mon petit ami, au Népal plus précisément. Par la suite, nous avons voyagé librement chacun de notre côté en nous retrouvant à certaines étapes de nos parcours respectifs, dans certains pays.

UJ : Comment avez-vous circulé ? En avion ?

Au Viêtnam, j’aimais surtout circuler en bus et en train. Nous avons donc pris le train de Hanoï à Cát Bà avant de voyager en bus. Il faut savoir que les bus sont vraiment un très bon moyen de transport et assez confortables dans lequel on peut s’allonger et dormir pour les longs trajets.

Nous sommes ensuite arrivées à Da Nang, ville dans laquelle nous avons fait Ba Na Hills et les cable cars pour monter en haut des collines. Là, nous avons fait le Golden Bridge, très connu avec ses deux immenses mains sortant de la terre et soulevant un pont, donnant une vue grandiose sur les environs.

Ensuite, de Da Nang nous avons pris l’avion pour Hô Chi Minh City pour un prix modique de 30 € environ.

Après le départ de mes amis, j’ai continué à visiter le Vietnam par moi-même en prenant mon temps. Ma famille étant originaire du sud, j’en ai profité pour aller voir mes grands-parents ainsi que mes oncles et tantes à Bến Tre.

Le Golden Bridge à Ba Na Hills © Karen Nguyen

UJ : La communication n’était pas trop compliquée ?

Je me suis adaptée à mes interlocuteurs, sachant que mes parents parlent le vietnamien et que j’ai pu acquérir des notions pendant mon enfance. Cependant, je n’avais certainement pas le niveau pour pouvoir avoir des discussions très approfondies et littéraires.

J’ai tout de même pu communiquer malgré mon accent français. Mais c’était compliqué au Nord car l’accent est plus prononcé qu’au Sud.

UJ : Du coup tu as pu bien redécouvrir le pays ?

Dans le sud, j’ai retrouvé mon compagnon et nous avons pris le temps de se balader à Cần Thơ et découvrir son marché flottant. Nous sommes passés par Mỹ Tho et Phú Quốc.

Phú Quốc © Karen Nguyen

En remontant, je suis passé par Dalat et Sapa que j’ai beaucoup apprécié.

Aussi, bien que ma famille soit du Sud, je préfère le Nord du Vietnam. Je trouve qu’il y a plus de diversité de paysages, beaucoup de nature, beaucoup d’endroits à visiter.

J’ai tout de même été surprise car au centre de Sapa il y avait énormément de monde et de bruit.

Sapa © Karen Nguyen

UJ : A Dalat et Sapa tu as pu faire des randos ? Rencontrer des tribus ? Après le Népal ça devait être facile niveau randonnée.

Il faut savoir qu’avant ce voyage je ne pratiquais pas du tout la randonnée. C’est à cette occasion que j’ai découvert la randonnée.

J’ai commencé fort, au Népal dans la région de l’Annapurna pour un trek de 10 jours. Tout au long du chemin, j’ai pu être hébergée par des locaux, des familles qui me faisaient des petits prix pour l’hébergement.

Je suis montée à 5416 mètres d’altitude avec un sac de 10 kg sur le dos alors que je n’avais jamais fait de trek.

C’était assez drôle car avec mon petit gabarit les gens se retournaient avec étonnement.

Par ailleurs, j’avais eu la chance d’être hébergée chez une famille népalaise avant de démarrer le trek. Ayant confiance en eux, je leur avais laissé une partie de mes affaires, sachant que je devais repasser chez eux à la fin.

Quant au trek, je n’étais pas forcément bien équipée. Je suis partie, seule, sans guide, ni chaussures montantes, ni bâtons de marche. La fois où j’ai dormi sous une tente, la nuit était vraiment glaciale et je me suis retrouvée le lendemain matin avec ma gourde d’eau gelée.

UJ : Sacrée détermination ! Du coup Sapa ça devait être super facile pour toi ?

C’était beaucoup plus facile car à Sapa je partais seulement à la journée et je faisais moins d’ascension. J’ai aussi exploré la région de Mai Châu qui est géniale pour se balader dans les rizières, à pied ou à moto.

Mai Châu © Karen Nguyen

UJ : Quel pays t’a le plus marqué au final ?

Je dirais qu’il n’y a pas un seul pays qui m’a plus marqué en particulier mais au moins 3 pays pendant ce voyage de 7 mois (d’octobre 2018 à mai 2019). Le Népal tout d’abord pour ses paysages et surtout pour la rencontre avec mon petit ami, qui a aussi été en partie mon compagnon de voyage. Ensuite, la Malaisie où les gens étaient vraiment très accueillants et parlaient très bien anglais. Pour finir, le Viêtnam qui m’a permis de retrouver mes racines et ma famille.

UJ : Ton retour en France n’a pas été trop compliqué ?

Je n’ai pas éprouvé de difficulté particulière, pas de déprime post-voyage. Surtout que je me suis vite mise dans un projet.

UJ : Justement, tu as travaillé sur un projet de jeu par la suite ?

Oui en effet. En juin 2019, mon copain a rêvé d’un jeu de société qui consiste à contaminer les joueurs par des virus. Nous avons ensuite créé un prototype fait maison pour tester la mécanique avec notre entourage.

Nous nous sommes ensuite associés avec Dorian, l’illustrateur de Virus War. Nous avons nommé notre tout premier jeu « Virus War », quelques mois avant que Macron ne fasse sa célèbre déclaration indiquant que nous étions « en guerre contre le virus » de la Covid-19.

Autant dire que le timing pour sortir le jeu n’était pas forcément terrible. Il fallait un temps de prise de recul par rapport à la pandémie.

Cela nous a amené à devoir mettre le projet sur pause pendant la 1ère quarantaine car nous n’étions pas sûrs de la pertinence de notre projet en ce temps de crise sanitaire. Il y avait notamment la peur de passer pour des opportunistes.

Mais au final tout s’est très bien terminé. Le projet est finalisé sur Kickstarter, fondé à 123 %.

UJ : C’est génial ! A partir de quand avez-vous commencé à communiquer auprès du public ?

Nous avons commencé à communiquer il y a un an, avec une accélération depuis septembre. A partir de cette date, la communication s’est faite tous les jours.

Notre campagne a duré 1 mois sur Kickstarter, plateforme de financement participatif. Cela permet aux personnes intéressées d’acheter le jeu en avant-première.

Maintenant que le Kickstarter est terminé, nous venons de lancer un « late pledge » sur Gamefound, qui permet à ceux qui ont manqué notre campagne d’avoir une dernière chance de pré-commander Virus War.

Et bonne nouvelle : nous avons signé avec un distributeur pour commercialiser notre jeu en magasin.

Finalement, à part quelques remarques négatives sur Facebook, tout se passe très bien.

UJ : Un grand merci à toi et encore bravo pour cette belle trajectoire. Pour finir, aurais-tu une bonne adresse de restaurant à nous partager ?

Chez moi ! On y mange très bien niveau cuisine vietnamienne. Blague à part, je connais un petit resto à Crimée, pas cher et très sympa, le « Chamroeun » (le restaurant propose des plats vietnamiens, chinois, et cambodgiens). Les phở et les bò bún y sont exquis !

Pour en savoir plus sur le jeu Virus War : http://unfriendly-games.com

Le late pledge du jeu :  https://gamefound.com/projects/unfriendly-games/virus-war

  Merci beaucoup à Benjamin Baijot pour l’interview et à Karen Nguyen pour son aventure et ses superbes photos!